mardi 3 mars 2009

Il faut ouvrir d’urgence le débat théorique

par Pierre Escaffre
« Tout est plus simple qu’on ne peut l’imaginer, et pourtant plus enchevêtré qu’on ne saurait le concevoir. »
      Johann Wolfgang von Goethe
La réflexion, la direction et la mise en œuvre de la construction d’une société pour le XXIème siècle ne peuvent sous peine d’échec assuré face à une exigence démocratique toujours montante en effet, et dans tous les domaines, être confiées, encore moins abandonnées à quelques comités d’experts ou de spécialistes que ce soient. La mode est révolue de la délégation de pouvoir et du prêt à penser. Le droit de discerner, personnel s’il en est, est l’affaire de tous et pas de petits groupes. La science ne pouvant pas se positionner en dehors du réel, ne fait conséquemment pas exception à la règle.

Les modèles physiques actuels semblent avoir définitivement atteint leurs limites historiques. Bien que très efficaces pour « prédire » les comportements des constituants de la matière et de l’Univers, ils s’avèrent incapables de fournir à l’humanité une représentation claire du monde dans lequel elle évolue. Ce qui, reconnaissons-le, est d’autant plus fâcheux que notre époque appelle la participation d’un maximum de citoyens afin de se porter à la hauteur des enjeux d’un développement durable.

Pourquoi alors représenter une particule par un paquet d’ondes ? L’interprétation de Copenhague répond en affirmant que la réalité quantique, lorsque non observée, est floue, brouillée, indéfinie. Le paquet d’ondes, étant à la fois une superposition de positions (tous les points d’espace situés à l’intérieur du paquet d’ondes) et une superposition de vitesses (représentée par les ondes de De Broglie qui, en se superposant, construi­sent le paquet d’ondes), représente notre connaissance d’une réalité intrinsèquement indéfinie. L’interpré­tation de Copenhague voit les superpositions d’états comme des ensembles de possibilités. Elle voit les lar­geurs des superpositions d’états, Delta x et Delta v, comme des incertitudes intrinsèques (appartenant aux particules elles-mêmes, et non aux instruments de mesure) sur les grandeurs physiques position et vitesse.

Selon l’interprétation de Copenhague, une particule non observée n’a pas de position précise, mais un ensemble de possibilités représenté par le paquet d’ondes (par la superposition d’états de position). Le paquet d’ondes représente la position uniquement du point situé au centre de la particule, et non la particule dans son ensemble. Le centre de la particule se situe simultanément partout dans le paquet d’ondes : la particule est dite délocalisée. De même, selon l’interprétation de Copenhague, une particule n’a pas de vitesse précise, mais un ensemble de possibilités représenté par le spectre de vitesses (le spectre des ondes de De Broglie, ou encore la superposition d’états de vitesse). Le fait que le paquet d’ondes gonfle en se propageant librement signifie qu’avec le temps, la position de la particule devient de plus en plus floue, ce qui se comprend étant donné que la vitesse à laquelle la particule se déplace est elle-même floue. Et ce, contrairement aux corps matériels macroscopiques de la physique classique, dont le point situé au centre possède en tout temps une position et une vitesse bien définies.

Daniel Fortier — Extrait de la conférence du 13 février 2007 prononcée devant « Les sceptiques du Québec ».

L’impossibilité persistante de concilier les théories quantiques et relativistes, l’incapacité chronique à détecter « le boson de Higgs qui pourrait expliquer la masse des particules », et à repérer les ondes gravitationnelles « porteuses de l’information du champ de gravitation », l’interdiction conceptuelle contredite par la pratique d’une continuité entre c (la vitesse de la lumière) et inférieur à c, et surtout les notions « de masse et d’énergie au repos » situées à la base-même de ces systèmes alors que de l’atome à l’étoile, l’Univers n’est que mouvement, oui, tout cela et bien d’autres choses encore, sans se donner la peine d’ajouter le « pré-requis du temps », réclame incessamment une refondation.

Depuis 50 ans, dans toutes les universités du monde, les physiciens sont formés dès le départ à penser en conformité avec la philosophie de l’école de Copenhague sans que personne ne les rende nécessairement conscients des implications, et s’ils ne remettent pas en question leur orientation philosophique personnelle par rapport à la réalité, tendent même à ne jamais devenir conscients du problème. (…) À force de jongler mentalement avec ce mélange de particules virtuelles et de particules réelles, la ligne de démarcation entre les deux est devenue de plus en plus floue dans l’esprit d’un nombre de plus en plus grand de physiciens (…). À tel point que nombreux sont ceux qui croient maintenant à l’existence réelle de plusieurs de ces particules virtuelles métaphoriques, comme le quark top, par exemple, malgré l’impossibilité évidente de faire entrer en collision un tel concept mathématique avec une particule réelle, comme l’électron ou le positon.

La situation est devenue particulièrement préoccupante depuis que l’on a commencé à inculquer ces notions irrationnelles aux générations montantes d’étudiants en physique, sans les informer suffisamment pour leur permettre de porter un jugement éclairé sur la question. (…) Un problème très insidieux vient brouiller encore plus les cartes. Il s’agit de la tendance à l’hyper-spécialisation et à la compartimentation des diverses disciplines au niveau universitaire, qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 40. À tel point en fait, que plus aucun physicien, de nos jours, ne possède une connaissance générale de tous les aspects de sa propre discipline. Tous les ouvrages de référence modernes ont été écrits par de grands experts de chaque sous-spécialité, qui n’ont souvent que de faibles notions des autres sous-spécialités de leur propre discipline.

André Michaud — 2002 — Extraits d’une intervention publiée sur « pages.globetrotter.net ».

Est-il envisageable que les professionnels de la recherche finissent par entendre cet appel pressant à une véritable remise en cause de ce qui constitue aujourd’hui les fondements de leurs travaux ? Ce n’est malheureusement pas certain tant sont nombreux les physiciens qui se considèrent comme des « gardiens du savoir quantique » agressés par toute une armée de « trolls » mal intentionnés dont le seul but, évidemment dissimulé, serait de faire échouer leur belle aventure sur le point de réussir. Il est capital de comprendre ce sentiment de « citadelle assiégée par des hordes barbares » qu’éprouve la majeure partie d’entre eux afin d’essayer de favoriser la sortie de cet enfermement mortifère.

Parce que l’interrogation centrale demeure : le monde oui ou non est-il accessible à l’entendement ? Et suivant la réponse que l’on donne à cette question, le terrain des idées est ou n’est pas laissé libre aux tenants de l’ésotérisme et de l’obscurantisme, aux intégristes et consorts, partisans des sciences occultes et autres méthodes ou absences de méthode. Or, c’est là qu’est le problème ! Si la physique du siècle précédent a su produire les descriptions les plus sophistiquées que nous ayons jamais eues, les modèles les plus performants et assurément les plus proches de la réalité qui soient concevables, elle l’a fait, incroyable débâcle de la raison, au prix de la liquidation de l’objectivité.

Il y a une urgence à redécouvrir les fondamentaux cartésiens et à sortir de l’impasse quantique pour se remettre à progresser dans une direction nouvelle. Il faut remettre au centre de la physique l’idée que la nature obéit à des lois rigoureuses et que les phénomènes sont reliés entre eux par un enchaînement des effets à leurs causes. S’il est indispensable de changer quelque chose de l’interprétation née de notre expérience, ce n’est pas le concret qu’il faut évacuer ; ce sont les paramètres flous dont nous nous servons pour mettre en équation ce que nous observons, qui sont à réformer. Regardons notamment la faiblesse tangible qui subsiste toujours dans l’argumentation sur l’axe temporel.

Nous avons des modèles qui fonctionnent donc utilisons-les mais provisoirement, en attendant de trouver mieux. Dans cette perspective, il est impératif d’ouvrir publiquement le débat théorique, de ne pas perpétuer l’échange entre initiés, d’entendre la voix de ceux qui s’intéressent au sujet et que cela regarde en tant qu’individus, mais dont le point de vue n’est pas présent dans les laboratoires ni les amphithéâtres. Cette nécessité n’est aucunement liée à un défaut de compétence des chercheurs, elle est simplement la réponse adéquate à un besoin criant d’angles de vision différents, de recul par rapport aux techniques employées, dont peuvent bénéficier ceux qui sont un peu moins impliqués.

Une remarque enfin sur la manière de conduire une discussion non-verrouillée : les mathématiques constituent un formidable outil mais elles ne peuvent se substituer à la réflexion sur la signification-même des concepts adoptés explicitement ou non. Quant au reste, il faut absolument mesurer que la gravité de la situation et le risque potentiel d’une dérive passéiste, voire d’une régression archaïque et doctrinaire, requiert le maximum d’interventions basées sur un esprit critique et constructif plutôt qu’une sempiternelle répétition de leçons bien apprises. La force de la science est de savoir adapter sa façon de marcher au problème étudié : l’heure est à s’enquérir des regards extérieurs.
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