jeudi 2 avril 2009

La Grande Pyramide file en années-lumière

par Les Terres Bleues

« Le temps et l’espace … Ce n’est pas la nature qui nous les impose,
c’est nous qui les lui imposons parce qu’ils nous sont commodes. »

      Henri Poincaré
La pyramide de KhéopsPlantée dans le désert, la Grande Pyramide nous paraît immobile depuis des millénaires. Or ce qu’il faut noter, puisque la Terre tourne, d’abord sur elle-même, ensuite « sur l’orbite empruntée » dans l’espace tout autour du Soleil, que notre propre étoile parmi plusieurs milliards se déplace elle-aussi sans discontinuer dans notre galaxie et que la Voie lactée n’est nullement figée dans le Groupe local auquel elle appartient, ou qu’encore au delà en fonction d’une loi dite « de l’expansion » régissant l’univers, les ensembles d’amas se fuient les uns les autres s’écartant davantage qu’ils sont déjà plus loin, c’est qu’à aucun moment « durant cette période » ladite pyramide n’a cessé de bouger.

Que les générations qui se sont succédé depuis sa construction aient comme l’impression qu’elle ait toujours gardé la même position, s’explique uniquement par le fait que son cadre dans sa totalité, le repère terrestre, champ de gravitation évidemment compris, le sol et l’atmosphère, le site de Gizeh et la statue du Sphinx, le désert et la ville ou le delta du Nil, bref tout ce qui l’entoure ait carrément suivi ce « périple cosmique ». Et nous n’avons rien dit dans cette description de ce qui se déroule au niveau des atomes où une agitation jamais interrompue fait faire aux particules à nos yeux invisibles constituant les blocs d’aspect inébranlable du célèbre édifice, une distance inouïe par rapport à leur taille, qui doit être ajoutée au trajet sidéral afin d’apprécier de façon optimale leur parcours effectif.

Hier autant qu’aujourd’hui et pas moins que demain, chacun peut vérifier que tous ces mouvements ont lieu en permanence (ont eu ou auront lieu) dans « le temps de l’action », c’est-à-dire au présent. Bâtir des pyramides ou confier leurs trésors à des archéologues, adorer le dieu Râ ou écrire en arabe les versets du Coran, embaumer des momies ou fouiller leur tombeau, lire les hiéroglyphes ou faire simplement un séjour touristique au temple de Louxor, traverser la Mer Rouge à pied ou en bateau, subir sous Pharaon, percer sous Bonaparte ou franchir l’an deux mille laminé par l’angoisse, vouloir changer le monde et agir pour cela, ou chercher son salut de manière altruiste en espérant le jour de la résurrection, sous n’importe quel angle que l’on voit le réel, un seul constat s’impose : quoi qu’il en ait été pensé auparavant, le présent est flagrant. Perpétuellement, tout acte est actuel.

Et cette observation ne se limite pas à l’expérience humaine. L’ombre au cadran solaire ou l’eau de la rivière, la croissance des plantes, le vent ou les nuages, les corps en chute libre, l’érosion du relief ou son apparition de par la tectonique, et pour le dire vite, végétal, minéral ou tout autre organisme, les objets et les choses n’existent qu’à travers des modifications de nature spatiale et dépourvues du moindre contenu temporel. Force est de reconnaître qu’en dehors du langage : être, c’est devenir. Il faut donc percevoir que scientifiquement les notions de durée ou bien d’espace-temps quadridimensionnel ne correspondent pas à une image juste de la réalité dans laquelle nous sommes.

Mais notre époque manque clairement de chercheurs doués d’esprit critique plutôt que de docteurs aptes à manier leurs sabirs théoriques. La physique est recluse dans un cloître quantique d’où elle ne voit pas de raison de sortir, persuadée qu’elle est sur le point de toucher mathématiquement le fruit de ses travaux. Alors, obligeamment, essayons de l’aider à prendre la mesure du problème concret : « La matière se meut dans l’espace » est la preuve qu’il existe un espace, de la matière, ainsi qu’un mouvement formel de ladite matière par rapport à l’espace. Et il n’y a pas là une once d’argument, ni motif ni prétexte qui puisse homologuer l’idée de dimension d’une variable « temps ».

Celle dont on se sert n’est rien qu’une abstraction à usage pratique pour paramétrer les phénomènes sensibles à notre propre échelle. Catégoriquement, la Grande Pyramide n’existe pas depuis plus de quarante siècles, car le temps est un mythe. Les éléments par contre dont elle est composée et ceux qui l’environnent ont parcouru ensemble à quelque chose près sans s’être éparpillés – mais toujours au présent – quarante millions de milliards de kilomètres, et ils continueront sur ce chemin commun tant que leur équilibre soumis à l’influence de quatre interactions parfaitement connues ne sera pas rompu. Pour forger les outils de « la compréhension » dont nous avons besoin, il faut abandonner la rhétorique ancienne et oser se pencher sur les thèmes nouveaux qu’ouvre la trilectique.
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