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mercredi 19 décembre 2012

Les aventures d’Alice au pays des merveilles

par Les Terres Bleues (The Blue Marbles)
« Il ne nous reste plus qu’à perdre notre temps. »
      Hestia de Rhéa
De la mise en abyme
à l’effet Larsen

Jean-François Colonna
Polytechnique

Chacun peut maintenant suivre le lapin blanc (un peu frappé) d’Alice au pays des merveilles.

Technique élémentaire de « prise en filature », ou « suivi de lapin » à travers un exemple.

Ne faire aucun effort. → Refléter le miroir. → Ne jamais revenir sur ce qui est passé.
Naviguer çà et là en vrai ou pour de rire en écoutant son cœur, à savoir ses envies, plutôt que sa raison. → Ne rien analyser. Si quelque chose freine, changer de direction. → Cela revient à suivre mentalement parlant et sans s’interroger les lignes générales de moindre résistance. En cas de long blocage, sauter du coq à l’âne et ne juger personne, ni vous ni quelqu’un d’autre !

Rompre avec l’habitude : explorer ce dialogue fictif entre un des Frères et Amélie Bonnard.
« Si Dieu n’existe pas, alors, tout est permis ! (Mitia Karamazov).
— Et si tout est permis, je choisis le meilleur. Vivre une vie de rêve ! crie Amélie Bonnard.
— La vie rêvée des anges, un fabuleux destin ou Anna Karénine ? lui demande Mitia.
— Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine et … Nathalie … un joli nom mon guide.
— Le tombeau de Lénine puis Cap Canaveral. Un voyage quantique de la Terre à la Lune.
— Ah, Méliès, c’est spécial en effet et en fait c’est fait d’effets spatiaux. À Méliès, aime-les !
— Amélie, aime-le … Aimer, émets, aimée. Aînée, henné, haine est. Oh, Amélie met l’O. »

Fêter Pâques à Noël tout au long de l’année, puis du Premier de l’an au 31 décembre faire de chaque jour un fol enchantement dans un relationnel où règne l’harmonie, est-ce pure utopie, sublime vanité, régression confortable sur des mythes anciens ou bien réalité ? Qu’importe la réponse qui se pourra forger, l’affaire est insoluble dans le cadre figé d’un débat théorique.
Le seul geste qui vaille et qui soit scientifique dans le plein sens du terme, c’est d’en venir aux faits ! Quelle que soit la force de l’argumentation de la pensée classique contre celle en faveur des « univers multiples » de l’approche quantique, il faut se décider pour un constat commun.

Or, par définition cela n’est pas possible d’un point de vue physique étant donné qu’un monde sans son observateur n’est pas envisageable. Cela nous interdit l’éventualité d’une coexistence entre la perfection acquise à l’absolu et l’amélioration propre à tout relatif. À moins que l’on ne voie qu’aller de mieux en mieux, n’est que le devenir normal et normatif de toute création, nous sommes empêchés de vivre librement les potentialités infinies de l’esprit. Ainsi tant que demeure ancrée dans les consciences l’idée de la souffrance comme "prix à payer" d’un péché initial, nous nous asservissons ad vitam æternam à "notre punition". L’enfer n’a pas d’issue.

Changer d’espace-temps, dissoudre la matrice, rien ne sert de courir et personne n’y peut … il n’y a nulle place pour quelque créateur extérieur à nous-mêmes. Chacun doit s’accepter voire se pardonner s’il croit avoir fauté. Chacun signifie tous. TOUS a droit au bonheur. Le premier concerné s’active de son mieux, mais il s’arrêtera sans avoir aperçu, encore moins touché, la poussière du sol de la Terre promise si par inadvertance il oublie en chemin le dernier appelé. L’unique condition pour que TOUS réussisse : n’abandonner personne, surtout pas Vendredi ni Pharaon non plus ni celui qui un jour se fit appeler Dieu et nous montra son culte.
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mardi 17 juillet 2012

La peur enfouie du physicien

par Les Terres Bleues
« L’idée-même de théorie fondamentale ultime prête à discussion. »
      Steven Weinberg
L’article d’aujourd’hui prétend ouvertement poser la conclusion du débat que pourrait susciter l’hypothèse de construire d’abord LA théorie ultime avant de parvenir à la mettre en pratique. Car, très logiquement tant que l’on reconduit le vieux schéma classique d’une dualité entre un monde réel décrit par la physique et un conceptuel confié aux philosophes, entre l’observation d’une chose extérieure toujours indépendante des modélisations qu’en fait l’observateur et la conscience d’être dans un espace-temps qui nous serait fourni, selon nos convictions, par Dieu ou la Nature, on s’interdit de voir ce que l’on met en œuvre dans chaque processus.

Mais en se demandant avec honnêteté quel est le mouvement accompli en premier, d’un point du vue concret comme psychologique, il reste à reconnaître qu’il s’agit clairement de l’action consistant à mettre en relation entité étudiée et représentation. Nous avons d’un côté un objet présumé, à savoir qui n’est pas encore mesuré – existe-t-il vraiment ? – quand de l’autre côté nous en établissons les probabilités. Photon polarisé, paire de particules supposées intriquées, agrégat de gaz rare ou étoile à neutrons, entière certitude, l’expérience débute par la définition forcément subjective d’une « portion » de l’Univers, d'un « fragment » détaché de la totalité.

Ainsi, pour des raisons purement pragmatiques qui s’entendent dans un souci de prédiction, le physicien quantique détermine à sa guise, façon Grand Architecte, ce qu’il compte observer et déclarer valable dès que le résultat s’avèrera conforme à sa loi statistique. Puis, allant au-delà de cet acte de foi, alléguant le hasard pour masquer son pouvoir, il pousse l’avantage, brisure "spontanée" (!) de symétrie aidant, jusqu’à attribuer à sa propre invention des caractéristiques prétendues "intrinsèques" (!) à l’instar de la masse, du spin ou de la charge … la liste n’est pas close. On parlera parfois plus poétiquement de la saveur des quarks, voire de leur couleur.

Quant aux quelques naïfs qui s’interrogeront sur cette axiomatique, ils s’entendront répondre autoritairement : « Shut up and calculate ! (1) » ou d’un ton plus affable mais en se contentant d’un écran de fumée dissuasif : « Le réel n’est plus, il fonctionne. (2) ». Parce que si l’on optait après tant d’errements pour une description en termes de fonction, il faudrait en effet aussitôt indiquer l’ensemble de départ et celui d’arrivée. À moins d’envisager de fusionner d’un coup l’instant du postulat et l’approche empirique, nous sommes condamnés à faire du surplace. On ne peut aboutir à une solution que si l’on se décide à cesser de tricher, l’unique issue possible étant d’enregistrer notre capacité de discrimination comme fondamentale et unificatrice.

[(1) « Tais-toi et calcule ! » — Injonction attribuée à Richard Feynman, prix Nobel 1965 pour ses travaux sur l’électrodynamique quantique relativiste.
(2) Dans quels mondes vivons-nous ? Aurélien Barrau, Jean-Luc Nancy, éditions Galilée 2011]


Answer to Life, Universe and Everything
Quarante-deux serait – selon Douglas Adams – la réponse correcte à la grande question.


Cette aptitude-là, celle à différencier une chose d’une autre ou d’un milieu ambiant, qualifiée d’arbitraire lorsqu’elle se réfère à un observateur isolant un système de manière concrète dans un laboratoire par une opération dite macroscopique ou par simulation sur un ordinateur, et en cosmologie grâce à des télescopes plus quelques satellites, appelée libre-arbitre s’agissant de penser des entités abstraites, d’échanger des idées, de dire ou de nommer ce qui est virtuel, les savoirs, les croyances, les langages et les nombres, plus généralement, tout UN imaginaire, est donc en fin de compte la seule vérité : l’acte auto-créateur par lequel nous prenons conscience d’édifier notre propre expérience. Oui, nous pouvons le faire parce que nous le faisons !

Saisir mentalement un élément quelconque d’un tout illimité, et le symboliser en lui donnant un nom. Il n’y a rien de plus simple ! Ce genre d’entreprise ne nécessite aucun effort de notre part. L’énergie consommée pour cette production est égale à zéro. C’est un dîner gratuit (3), la condition étant juste de s’attabler pour s’inviter soi-même. Pas de prix à payer, de sorte que la peur de manquer de ressources n’a plus de raison d’être, l’absolu est offert, chacun demeurant libre de faire ou non le choix du nouveau paradigme : l’épistémologie qui unirait les sciences et les philosophies, l’expérimentation constamment mise à jour qui se substituerait à l’élabo­ration de discours préalables vérifiés par la suite, le vide étant compris comme la résultante de quantités égales mais de signe opposé. Vivre ! Pas davantage, et c’en est terminé de la dualité.

[(3) D’après free lunch, expression popularisée par Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie 1977]

Objection prévisible insérée pour la forme mais en forçant le trait dans un but d’équilibre

Non, malheureusement, ce n’est pas raisonnable. Si c’était si facile, ça se saurait déjà ! Il nous faut rechercher des règles et des lois pour les utiliser avec application, car ne pas respecter la méthode éprouvée par au moins quatre siècles de progrès continus en de nombreux domaines ne pourrait que mener à la désolation ou au chaos total. Nous avons découvert des constantes exactes et établi des normes. Des causes aux conséquences, c’est un fait entendu, un principe intangible solidement acquis qu’un ordre naturel, quel qu’il fût par ailleurs, précède l’entropie posée comme fonction croissant avec le temps. Sans apport extérieur, il est bien évident qu’un système physique verrait se dégrader inéluctablement son état initial.

Renoncer au contraire à suivre cette voie dûment banalisée, afin d’autoriser conceptuellement de n’engendrer que ce que l’on veut ressentir, c’est prendre ses désirs pour des réalités. C’est ouvrir grand la porte au règne des chimères et autres fantaisies autant indémontrables qu’elles sont ardemment approuvées par des gens qui ne se laissent pas vaincre par la logique, par des illuminés, par des incompétents et des irresponsables, à savoir des humains qui sont incontrô­lables. Être capable de ne générer que ce que l’on pourrait souhaiter avoir à mesurer ? L’idée est ridicule et même indéfendable parce qu’à créer le monde, soit dit sans ironie, pourquoi ne pas avoir préféré le meilleur ? Or, objectivement le nôtre a plutôt l’air d’une vallée de larmes.

Mais le monde idéal, c’est à chacun le sien, pas de "notre" qui tienne. Terminée l’illusion d’un cadre général identique pour tous ! La matérialité n’est qu’une construction au même titre que n’importe quel modèle dont les sciences se servent, y compris la physique. En estimant serré, on peut évaluer qu’à cet instant précis, il y a factorielle sept milliards d’univers superposés sur Terre. Cette situation vécue dans un présent de toute éternité nous impose d’urgence de forger le projet d’un espace adapté où pouvoir les caser. Un fibré vectoriel conviendrait tout à fait, il suffit pour cela d’investir un repère décidé en commun. Choisissons-le au mieux !

La théorie ultime est une façon d’être, et le relationnel fait le monde unifié.
Nous nous habituerons, vous vous habituerez.

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mercredi 1 juin 2011

Il n’y a comme faits que des interactions

Dossier d’épistémo-physique
« Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits ! »
      Albert Einstein
Réalisme, anti-réalisme ou « en réalité » plutôt ni l’un ni l’autre ?

Ce débat théorique, prolongement scientifique de la très vieille opposition entre philosophies matérialistes et idéalistes, est-il encore justifié depuis la publication de la relation de un-à-un de Mioara Mugur-Schächter. Ce serait là sans doute aller un peu trop vite car il existe toujours un intervalle variable séparant le moment où une innovation pénètre les esprits de celui où sa traduction pratique commence à être mise en œuvre au quotidien de manière concrète.

Sauf à anticiper ou à ne fonctionner qu’en marche automatique, il subsiste une étape où ce qui voit le jour est forcément le fruit de l’ancienne logique. Devant chaque question durant cette période de bouleversement où l’on cherche à construire des outils adaptés à la nouvelle règle, les interprétations continueront à être obligatoirement étudiées et bâties avec ce que l’on a.

Il paraît évident qu’on ne puisse lâcher d’un claquement de doigts les conceptions classiques, mais est-ce un argument pour ne pas essayer d’arrêter de nourrir les fausses discussions ? En ce qui nous concerne ici sur notre site, le choix est assumé : refuser l’un et l’autre est la seule attitude permettant d’unifier les choses et les idées. En matière de fait : nul fait de la matière.

La position privilégiée de la physique

Le projet de métaphysique des sciences accorde une position privilégiée à la physique. Depuis la mécanique de Newton, nous avons à disposition des théories physiques qui sont universelles et fondamentales : elles affirment être valides pour tout ce qui existe dans le monde et elles ne dépendent pas d’autres théories scientifiques. Ceci revient à dire que leurs lois sont strictes, à savoir n’admettent pas d’exceptions (et si elles en reconnaissent, on peut les décrire dans le vocabulaire de la théorie en question). Si leurs lois sont déterministes, elles indiquent les conditions complètes pour l’existence des phénomènes étudiés – et si ces phénomènes ne sont pas produits alors que leurs conditions d’existence sont réunies, les lois postulées s’en trouvent falsifiées. Néanmoins, il n’est pas néces­saire que des lois strictes soient déterministes ; elles peuvent tout aussi bien être probabilistes. Si elles sont probabilistes, elles sont également valides sans exception : elles indiquent en ce cas les probabilités complètes pour l’occurrence des phénomènes étudiés.

Les théories physiques fondamentales et universelles se distinguent des théories des sciences spéciales. Ces dernières sont dites spéciales et non pas universelles, parce que chacune d’elles concerne un domaine d’être limité, et parce qu’elles dépendent des théories de la physique fondamentale. Elles ne peuvent pas, en effet, décrire et expliquer les objets de leur domaine complètement, par leurs concepts propres, car elles sont obligées d’avoir en fin de compte recours à des concepts et lois de la physique fondamentale. Leurs lois ne sont pas strictes mais admettent des exceptions qui ne peuvent pas être décrites dans les concepts propres à ces théories, sans que ces lois soient ainsi falsifiées. Leurs lois présupposent des conditions normales, et l’on ne peut pas délimiter dans le vocabulaire de ces théories quelles sont les conditions normales et quelles sont des conditions exceptionnelles.

in « Le réalisme scientifique et la métaphysique des sciences. »Michaël Esfeld — 2008
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« Réalité en soi » ou « concept en lui-même »  ?

Opter pour l’un des termes de cette alternative signifie clairement valider l’énoncé. Refuser de trancher pour ne pas préjuger de l’issue d’un débat qui de toute manière ne peut être arbitré ni par la raison pure ni par quelque expérience est vraisemblablement beaucoup plus confortable.

Laisser une question jugée indécidable dans la condition d’indécidabilité où elle est définie à l’intérieur d’un cadre théorique fixé revient exactement d’un point de vue logique à saisir telle quelle l’explication correcte dans une théorie à l’assise plus large. Pourtant, il reste à voir que dans le cas d’espèce rejeter le dilemme contraint la solution, et qu’il faut donc le faire !

Un (bon) exemple parmi d’autres de (mal) poser le problème

La question du réalisme appartient à la catégorie restreinte des questions fondamentales, en ce sens que les décisions théoriques qu’elle appelle commandent à leur tour une série de consé­quences recouvrant l’ensemble du champ de la réflexion philosophique : métaphysique, philo­sophie de la logique, sémantique, philosophie des sciences, philosophie de l’esprit, éthique, esthétique, philo­sophie de la religion etc. D’une façon générale, on peut opposer, en première approche, deux attitudes, correspondant à deux thèses :
    ●    Le réalisme, selon lequel il existe une réalité déjà toute faite dont nos meilleurs savoirs constituent une description correcte, la sémantique de nos théories formant une voie d’accès à leur ontologie.
    ●   L’anti-réalisme, pour qui l’objectivité des savoirs n’implique nullement la correspon­dance avec une réalité déjà prête, les choses que nous disons connaître étant, au moins pour une part, constituées par les relations cognitives que nous entretenons avec elles, la façon dont nous leur appliquons des concepts ou par le langage que nous utilisons pour les caractériser.

Le réalisme semble avoir pris la suite des grands systèmes métaphysiques qui se donnaient pour tâche de dire ce qu’est la structure fondamentale de la réalité. On parle ainsi parfois de réalisme métaphysique. Mais le plus souvent c’est aux sciences physiques et aux disciplines qui leur sont réductibles que revient l’autorité quant à la description correcte du réel. Cette forme de positivisme a pour nom le réalisme scientifique.
L’anti-réalisme semble historiquement résulter de la « révolution copernicienne » opérée par Kant : tout ce que nous pouvons connaître doit entrer dans les catégories en termes desquelles nous les pensons et ne peuvent donc pas être connues telles qu’elles sont en elles-mêmes. Il a ensuite pris la forme de multiples idéalismes, du constructivisme épistémologique, du conven­tionnalisme, du pragmatisme. Cette nomenclature contestable conduira peut-être à remettre en cause certaines parentés qu’une interprétation historique superficielle peut suggérer. (…)

Le réalisme en sciences formelles consistera à poser que l’objet de ces sciences est de décrire correctement les relations qu’entre­tiennent les contenus propositionnels des énoncés, ces rela­tions étant perçues comme indépendantes du sujet de la connaissance, qui, à proprement parler, les découvre. L’anti-réalisme par contre, dont la version moderne est inaugurée avec le programme intuition­niste, considère l’activité scientifique comme une activité de construction d’un objet, qui ne saurait en conséquence être considéré comme indépendant du sujet de la connaissance. L’importance historique de la question ne saurait être surestimée : la discussion concernant les fondements des mathématiques, qui s’étend des années 1880 jusqu’aux années trente du vingtième siècle, dépend de façon immédiate des attendus de la discussion du réa­lisme. Mais les enjeux de la question ne sont pas seulement historiques.

Extrait du texte d’introduction au colloque consacré en juin 2006 à la question du réalisme et de l’anti-réalisme.
Université Henri Poincaré — Grande région Nancy-Metz-Luxembourg.
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Pour une épistémologie formalisée

Montage de divers points de vue récemment échangés (mars-avril 2011) sur Futura-sciences.

Concernant la relation de un-à-un de MMS, acte posé au départ, comme moyen méthodo­logique de contourner l’absence dans la théorie classique de référent permettant de désigner les microétats de la physique quantique afin de les communiquer de façon inter-subjective avec un minimum d’efficacité, il s’agit de décider en conscience d’associer à l’aide d’une double flèche la description de la manière dont l’objet de l’étude a été produit et l’étiquetage de cet objet par ladite opération de génération. C’est tout.
 G ↔ meG , G étant l’opération de génération et meG le microétat généré par elle.
Au-delà de la Mécanique quantique, cette procédure de mise en relation entre la description (activité psychique) d’une opération de génération (activité matérielle) et l’entité produite (concrètement) et étiquetée (conceptuellement) par le symbole de l’opération qui a permis de la générer est un outil épistémologique d’une incroyable puissance explicative.

µ100fil. Suite à son retour d’expérience sur la construction des fondements de la Mécanique quantique, Mioara Mugur-Schächter propose un regard nouveau visant à décrypter les raisons de la structure du formalisme quantique tel qu’il est. Elle en déduit une méthode générale de conceptualisation relativisée, enracinée dans la factualité physique a-conceptuelle qui pourrait s’appliquer à d’autres domaines que la physique. Elle va plus loin que les débats récurrents concernant le réalisme, le positivisme, le constructivisme etc. Elle propose un formalisme.

jreeman. Le formalisme de MMS en gros, permet au lieu de dire l’arbre est vert, de dire "je le vois vert", alors non je m’inscris en faux contre une soi-disant avancée épistémologique. Il s’agit de quelque chose qu’on peut exprimer très simplement à l’aide de quelques mots en langage naturel, nul besoin fondamental de formalisme. Si formalisation il y a, cela doit se faire au niveau des théories scientifiques, non dans une entreprise qui ne veut comme effet secondaire que de brider la réflexion épistémologique.

LTB. Cette vision de ses travaux est à mon avis extrêmement schématique, réductrice et pour tout dire erronée. Les coups de hache ne peuvent être une façon acceptable de trancher le débat. Et à l’occasion pour le béotien que je suis, ça serait peut-être une bonne idée de formaliser ce que tu désignes par « langage naturel ».

jreeman. Le langage naturel, c’est le langage parlé que nous avons appris depuis notre jeune âge et que nous utilisons dans la vie quotidiennement pour nous faire comprendre, exprimer des idées et connaissances. Il est qualifié de naturel par opposition à formel, dans le sens où les significations exprimées sont trop complexes pour pouvoir être déduites de règles formelles mais s’imposent à nous naturellement grâce à leur usage répété.

LTB. Il n’a donc bien évidemment rien de naturel, si ce n’est le nom. La majorité d’entre nous ne prend pas l’exacte mesure du fait que le langage dit naturel est une construction. Dans ces conditions, comment imaginer que l’on puisse se dégager des schémas classiques de conceptualisation puisque ceux-ci ont été construits à travers ces notions ?

karlp. Est-ce que ce que vous dites correspond à l’idée que chaque langue impose sa structure à la réalité à laquelle elle est appliquée ? Si c’est le cas, je vous suis bien.

LTB. Oui, et même au-delà, parce que comme toute construction, elle exige que l’on dispose du matériau nécessaire à son élaboration et le "gisement de concepts" dans lequel on puise, est "naturellement" déterminé par le cadre conceptuel dans lequel il a été fabriqué, c’est dire le rôle majeur que joue la "représentation" initiale que l’on se fait du monde. Je pose que pour comprendre la physique quantique, il est nécessaire de se dégager de l’ancienne vision des choses. Comment cela pourrait-il se faire si l’on ne parvient même pas à se rendre compte que le langage actuel de l’épistémologie est génétiquement classique ?

karlp. Voulez-vous dire que le langage dit "naturel" que l’on emploie en épistémologie actuellement contient divers implicites inaperçus des sujets, et qu’à l’instar de ce qu’on observe en physique, où la spécificité du langage permet de se libérer de certains a priori implicitement véhiculés par le langage courant, il serait souhaitable que l’épistémologie se libère elle-même des obstacles épistémologiques contenus dans le langage qu’elle emploie aujourd’hui ; éventuellement par le recours à un langage formalisé ?

LTB. Oui, merci. Ce qui est appelé discours formel est une construction au même titre que le langage que l’on dit naturel. Simplement, les règles en sont définies de manière consensuelle, et on sait qu’il en va ainsi. Par contre, le langage dit naturel dissimule aux yeux de la plupart d’entre nous le fait qu’il n’est composé d’absolument rien de naturel. Et c’est cette ignorance qui nous conduit à "croire" qu’il existe une réalité physique "naturelle" et indépendante de la représentation que nous nous en faisons. Dans l’expression "La carte n’est pas le territoire", on sous-entend sans s’en rendre obligatoirement compte l’existence d’une chose en soi, le territoire, qui ne devrait rien à personne. Mais on a tort, car ce n’est pas le cas.
Moi par exemple, j’ai ma propre vision du Mont Lozère, quand l’abeille qui se débrouille fort bien dans son écosystème en possède une, la sienne, forcément différente.
Alors, le "vrai" Mont Lozère, c’est le mien ou c’est le sien ?

Amanuensis. Le discours épistémologique, comme une bonne partie des discours philosophi­ques, est émis par des humains et à destination d’humains uniquement : une partie importante du sens de ce discours (sens perçu par un destinataire) vient de la communauté d’expérience "intérieure" entre l’émetteur du discours et un destinataire, expérience qui est un savoir non-formalisé mais néanmoins parfaitement opérationnel et partagé entre humains. Le langage naturel est adapté à cette situation, il s’est développé d’une manière qui exploite obligatoire­ment au maximum ce savoir non formel partagé, ce qui en fait un instrument très efficace pour communiquer à propos de ce savoir-là.
Je ne pense pas que ce type de discours ne soit formalisé avant que les processus cognitifs humains ne soient eux-mêmes formalisés (ceci en supposant qu’ils soient formalisables). On en est très loin.

LTB. Aucun discours ne provient d’une prétendue communauté d’expérience intérieure, cela par définition-même de l’intériorité. Nous n’avons en commun que ce qui est communiqué, donc qui n’est pas intérieur. Si la gamme des moyens de communication est large, il n’y a bien entendu pas que le discours, elle n’est cependant appuyée que sur l’intersubjectivité.

jreeman. À l’opposé de ce qui peut fonder une démarche épistémologique ou scientifique, le noumène est un dogme rassurant, c’est pourquoi je ne vois pas d’un très bon œil les travaux de MMS car les microétats me semblent y être appréhendés comme des noumènes. Mais, ce n’est ni de l’épistémologie ni de la science, juste un discours pouvant avoir tendance à exercer un pouvoir manipulateur et psychologique auprès de personnes qui ne seraient peut être pas forcément enclines à faire attention à ce genre de mécanismes.

karlp. Le noumène est, tout simplement, l’objet tel qu’il est indépendamment de la représen­tation que l’homme s’en fait.

LTB. C’est une définition tout à fait honnête et acceptable de ce qu’en a dit Kant. Maintenant, est-ce que c’est un concept qui répond à "quelque chose" ou tourne-t-il à vide ? Autrement dit, à quoi est reliée la formule de « l’objet tel qu’il est » ? Après avoir tracé un parallèle qui me semblait convaincant entre la vision humaine du Mont Lozère et celle de l’abeille, s’il faut se prononcer « indépendamment de la représentation que l’homme s’en fait », il suffit d’ajouter : le Mont Lozère tel qu’il est, c’est celui de l’abeille ou celui du chevreuil ?

karlp. C’est un bon exemple en effet : le Mont Lozère nouménal n’est ni l’un ni l’autre.

LTB. Ni l’un ni l’autre de manière exclusive, d’accord, mais ne devrait-on pas préciser qu’il est aussi toutes les représentations à la fois ? Parce qu’il y a bien "quelque chose".
Maintenant, établir la fonction d’onde d’un objet macroscopique, qu’il ne s’agisse que d’un chat ou bien de la totalité d’une montagne, semble au-delà de nos capacités. « L’ensemble des observateurs potentiels [devraient] théoriser d’abord la délimitation du système et l’espace de Hilbert adapté (l’espace de toutes les descriptions possibles). » (© Amanuensis)

karlp. Si les abeilles, le chevreuil et l’homme possèdent une structure spatiale (de la sensibilité ; la sensibilité étant pour Kant la faculté de représentation) différente, alors chaque espèce vit dans un monde phénoménal distinct et le phénomène pour l’abeille n’est pas identique au phénomène pour l’homme.

LTB. Structure spatiale et faculté de représentation étant eux-mêmes des concepts propres aux humains, ils ne valent à mon avis que comme raccourcis de langage pour signifier simplement que nous enregistrons le fait que l’abeille ou le chevreuil se débrouillent dans leur environnement.

µ100fil. Le problème est que le formalisme ne nous dit pas ce qui conduit à son choix (un peu comme quand on lit une norme). Est‑ce le seul ? Qu’est‑ce qui amène au fait qu’en mécanique quantique, on représente l’état d’un "système quantique" par un vecteur dans un espace vecto­riel hilbertien, c’est-à-dire dans lequel est défini un produit scalaire hermitien < φ | ψ > entre deux vecteurs φ et ψ ?

karlp. Personne n’accède au noumène : ce concept a donc pour vertu de rappeler que la chose en soi est hors de portée et que la connaissance humaine reste relative aux facultés humaines (facultés de représentation et facultés cognitives). En gros, ce concept de noumène indique la limite de notre connaissance.

LTB. Une drôle de limite tout de même puisque la représentation de la "chose" est nécessaire­ment plaquée sur cette "chose". En effet, si elle ne lui « collait » pas au plus près, nous devrions alors théoriser autre "chose" entre le noumène et le phénomène. Dans quelque sens qu’on le prenne, on se retrouve selon moi dans l’obligation de réaliser la relation de un-à-un.

karlp. Kant était obligé de convenir que le phénomène devait bien avoir quelque rapport avec le noumène supposé puisque ce dernier est ce qui sous-tend le phénomène. Dans la mesure où, si j’ai bien compris, la "relation de un-à un" ne présuppose rien du noumène et ne prétend pas affirmer quoi que ce soit à son sujet. Je serai tenté de penser que cette nouvelle approche a assimilé l’impossibilité de décrire "la chose en soi". Et je continue de penser que l’intuition première de cette nouvelle épistémologie est très intéressante.
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Agir, c’est relier le sujet ↔ l’objet (et réciproquement !)

Force est de concéder que l’on n’observe pas de fait de la matière à travers l’expérience mais que l’on vérifie juste une construction théorique antérieure. Doit-on en conséquence dans une régression poussée à l’infini, revenir à l’idée d’un concept précédant le tout premier constat ?

Balancer sans arrêt entre deux hypothèses qui sont indécidables comme aurait pu le faire l’âne de Buridan placé devant ses seaux ne conduit nulle part sauf à l’issue fatale. Mais en pratique l’âne ne meurt pas de non-choix, indiquant par là-même que l’erreur se situe dans la manière dont le problème est posé. L’évidence en effet n’est pas toujours trompeuse. Si l’on ne perçoit pas comment se délivrer de cette dialectique, c’est qu’elle est refermée sur sa formulation, et que résolument il faut abandonner le clivage binaire sur lequel on l’appuie.

Non pour développer une logique floue, bien que celle-ci puisse techniquement servir comme approximation, mais pour enregistrer qu’en brisant le carcan des représentations imposées par l’Histoire, la réponse au problème apparaît d’un seul coup : ni pensée ni matière, il n’y a que le lien qui associe la chose à l’image créée expliquant que l’on ait à la fois l’une et l’autre.
Les processus à l’œuvre dans la réalité sont des interactions. En généralisant cette banalité, il est aisé de voir que nous avons affaire à « notre » relation entre ce qu’on observe et ce qu’on étiquette, ou différemment dit, à l’articulation entre ce qu’on mesure et ce qu’on modélise.

Refuser de choisir – particulièrement dans un cadre quantique – engage à accepter la perte des objets mais n’autorise pas pour autant d’intégrer l’abstraction préalable, vu que cette dernière n’a pas plus d’existence "en soi" que le réel. Pire, elle est un produit psychophysiologique qui ne se conçoit pas en dehors du vivant. Or si l’on veut parler en termes d’observables, il reste à s’affranchir du principe anthropique, et donc laisser à tout ce qui interagit la potentialité, dans un relationnel garanti jusqu’au bout, d’être considéré comme un « observateur ».

Pierre Escaffre.
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vendredi 2 avril 2010

Des micro-états aux phénomènes

d’après Mioara Mugur-Schächter
Une révolution dans la façon de progresser sur la voie du savoir.
À ce jour, la question de savoir comment l’entité–objet d’une description est introduite, est entièrement occultée en tant que question explicite et générale, non seulement dans la pensée courante, mais aussi dans les sciences, et même dans les sciences les plus modernes.
La théorie de la relativité d’Einstein, par exemple, ignore la question. Nonobstant ses analyses révolutionnaires des mesures des distances spatiales et des durées, cette théorie, parce qu’elle a été conçue initialement au niveau macroscopique, travaille partout – même dans ses extensions au domaine microscopique – directement avec des ‘objets’ préexistants définis par leurs ‘propriétés’, comme dans la logique classique. La Relativité d’Einstein est une théorie presque classique.

Mioara Mugur-SchächterQuant à la Mécanique quantique elle-même, source de la compréhension du rôle central que peut jouer l’opération de ‘génération’ de l’entité–objet–de–description en tant qu’opération physique délibérée et indépendante de toute qualification, la question de la ‘génération’ des entités–objets d’étude n’y est mentionnée que dans un contexte introduisant une confusion. À savoir, en relation avec le concept de ‘préparation d’état’ qui intervient dans la définition d’un acte de MESURE à accomplir sur le micro-état à étudier. Ce concept présuppose que le micro-état à étudier est déjà disponible en tant qu’entité–objet de la qualification à accomplir ; mais afin d’être qualifié ce micro-état doit être changé d’une manière telle qu’elle permette de parler d’une ‘mesure’ d’une grandeur mécanique bien définie, produisant des effets observables que l’on puisse coder en termes de valeurs de cette grandeur mécanique. C’est ce processus de changement approprié du micro-état–objet–d’étude, supposé déjà existant, lors d’un acte de mesure accompli sur lui, qui est le désigné de l’expression ‘préparation d’état’ (préparation du micro-état en vue de la mesure). Dans cette circonstance-là il ne s’agit donc nullement (en général) de la génération de l’entité–objet à décrire – le micro-état – mais de l’opération de qualification de cette entité. Pourtant, lorsqu’on prononce l’expression nouvelle ‘opération de génération de micro-état’, la force d’attraction qui, pour un physicien, émane du sens de l’autre expression de ‘préparation d’état’, phagocyte le sens de l’expression nouvelle. Le fait qu’il soit clair que, afin de qualifier un micro-état, il faille d’abord qu’il soit là ‘fixé’ en tant qu’objet-d’étude, disponible, nommable et reproductible, n’y change rien. Telle est la force que les habitudes de langage ont sur la pensée.

En ce qui concerne les opérations de qualification, d’après la pensée classique telle qu’elle est reflétée par les grammaires et par la logique, tout le processus qui d’abord crée un qualificateur et ensuite crée les qualifications correspondantes est resserré en un seul acte statique, presque passif, de simple détection sur une entité–objet préexistante, d’une propriété également préexistante. C’est précisément ce rétrécissement qui fait contraste avec l’analyse d’Einstein des mesures de longueur et de durée. Le scandale soulevé par la Relativité restreinte a consisté dans la prise de conscience (1905-1925) du fait que les qualifications d’espace et de temps se construisent par les processus physiques de mesure, et que les résultats des processus de mesure d’espace et de temps comportent des relativités à ces processus de construction. Cette prise de conscience a clairement influencé plus tard la démarche active et relativisante adoptée pour construire des qualifications de micro-états. Dans l’élaboration des processus de mesure sur des micro-états, cette prise de conscience déclenchée par la relativité restreinte s’est prolongée, généralisée et précisée. À l’opposé de ce qui s’est passé concernant l’opération de génération d’une entité-objet – qui a été occultée – le schéma d’un processus actif et relativisant de qualification d’un micro-état par des mesures qui créent la qualification obtenue, s’est royalement installé vers 1935 dans la nouvelle pensée scientifique et philosophique officielle. Néanmoins aujourd’hui encore ce schéma continue de surprendre. On a beaucoup de mal à se débarrasser de la contraction classique d’un processus de qualification en une simple détection d’une propriété posée comme préexistante, absolue et ‘possédée’ par l’entité–objet en un état actuel, cela, indépendamment de tout acte cognitif opéré sur elle. Ce sont toujours la grammaire et la logique classique, avec leurs objets et prédicats hypostasiés, qui mènent la danse dans la pensée courante.
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samedi 2 mai 2009

De la réalité au réel en physique

par Pierre Escaffre
« Il n’y a donc pas de constantes dont les valeurs numériques puissent être modifiées sans que la théorie ne soit détruite. »
      Albert Einstein in Autobiographie scientifique — (1949)
Bien souvent cette phrase a donné à penser, afin d’élaborer de façon rigoureuse puis de pérenniser toute idée susceptible de faire progresser notre compréhension de la réalité, qu’il était nécessaire d’écarter des constantes sujettes à caution. Dans quelques cas parfois et dans une visée plus utilitariste, on cherchait à trouver « la théorie ultime » qui nous aurait alors permis de calculer, pourquoi pas de déduire leur valeur numérique à partir d’hypothèses conçues au préalable, impliquant forcément, sans oser l’avouer car c’est paradoxal, de disposer d’abord d’une forte intuition, l’approche rationnelle n’intervenant qu’ensuite.

Or, l’histoire des sciences depuis le XVIIème confirme simplement qu’il n’y a pas d’avancées qui n’aient été liées à la manière dont on a considéré ces fameuses constantes. De la gravitation aux Relativités, des principes qui fondent la thermodynamique jusqu’aux derniers modèles quantiques actuels, on a toujours chargé « les résultats acquis » du rôle primordial dans l’édification des conventions nouvelles. Mais c’est là qu’apparaît indubitablement la source du problème ! Par quel bout qu’on la prenne, une telle méthode est contre-productive, car immédiatement après l’observation, on est déjà placé dans l’interprétatif, donc on s’appuie de fait sur le raisonnement précédant le constat, au sens propre du mot, sur un présupposé.

Ces termes invariables à travers les époques, qualitativement, se doivent d’être lourds de signification au delà du hasard. Et en tant que symboles révélant des rapports entre grandeurs concrètes qui sont soit des limites soit des proportions fixes voire des équilibres réglés par la nature, ces diverses constantes gardent un caractère vraiment inestimable qu’il faut impérativement vouloir privilégier pour comprendre le reste, c’est-à-dire le cadre dans lequel évoluent les forces étudiées et leurs interactions, quitte à abandonner par voie de conséquence – si le réel l’exige – nos vieilles vérités devenues obsolètes sur l’espace et le temps.

Mais à la différence des possibilités de représentations libres de préjugé qu’elles peuvent permettre, leur valeur numérique ne découle que des postulats antérieurs, et elles ne possèdent quantitativement de sens satisfaisant que dans leur relation à l’ancienne logique. Elles offrent ainsi au moment de passer à l’étape suivante, quand un autre système est enfin installé, l’outil indispensable s’agissant des calculs pour bâtir un ensemble cohérent d’unités. En procédant par ordre, il faut en premier lieu « décoder » ces symboles pour mettre en évidence une réalité qui ne relève plus d’un quelconque arbitraire, et ce n’est qu’une fois ce travail accompli qu’il est envisageable de se servir des nombres et de les convertir pour se constituer sur des bases solides l’appareil fonctionnel qui autorisera les développements progressifs ultérieurs.

Choisir de mettre en œuvre une telle démarche ouvrirait en physique l’immense perspective de solutions inouïes d’une naïveté encore insoupçonnée. On démarre aujourd’hui avec une « croyance » adossée sur le temps et la topologie, trois dimensions plus une pour un observateur, on ajoute à cela les potentialités de différentiation induisant à leur tour mathématiquement les grandeurs de vitesse et d’accélération, et le meilleur bilan que l’on ait obtenu, c’est de se voir conduits à « renormaliser » toutes les équations, sans entrapercevoir malgré des symétries de plus en plus profondes l’esquisse du début d’une unification.

Au lieu de s’attaquer au monde tel qu’il est, la recherche se cogne sur un mur idéel, oubliant au passage la leçon essentielle, l’unique « certitude » qu’infèrent les constantes est leur propre existence. L’option à valider prioritairement est d’établir d’urgence une autre architecture qui repose sur elles.
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